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Profil de la commissaire en chef Ena Chadha

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Ena Chadha : l’avancement des droits de la personne repose sur le leadership, l’engagement communautaire et la mobilisation des institutions


Pour Ena Chadha, commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP), l’aspect fondamental de la lutte en faveur des droits de la personne est aujourd’hui la mobilisation des institutions, des gouvernements et des organismes de prestation de services. Cette mobilisation est essentielle pour comprendre la dynamique qui sous-tend le racisme et les inégalités systémiques, pour reconnaître l’existence de ces problèmes et pour en venir à bout par l’action et la prévention.

Nommée en juillet 2020 sur fond d’une pandémie mondiale en pleine progression, Ena Chadha a pris acte de la prise de conscience et de la reconnaissance accrue des problèmes d’ordre individuel, collectif et institutionnel qui touchent aux droits de la personne — une conscientisation que la CODP n’a eu de cesse d’encourager et de démarginaliser. Pour la commissaire en chef, « Il est important que la CODP dispose d’une vision exacte de la situation et incite nos communautés, nos gouvernements et l’ensemble des parties concernées à faire le bilan et à s’engager à examiner minutieusement leur environnement au niveau macro. »

« Les organismes doivent faire preuve de vigilance. Ils doivent travailler à chaque palier, du recrutement à la refonte des systèmes et des programmes, pour tendre vers une diversité et une égalité tangibles », explique Ena Chadha. « Pour cela, il faut disposer d’un leadership, collaborer avec les communautés et étudier les institutions dans leur ensemble, car les biais inconscients, le racisme inconscient et les inégalités systémiques sont des problèmes tenaces. Qu’importe la diversité, qu’importe le nombre de politiques, qu’importe la mobilisation. À moins de s’attaquer au nœud du problème, aucun organisme ne sera à l’abri de la discrimination, un legs du passé ancré dans les systèmes. »

Pour Ena Chadha, la société doit comprendre qu’au-delà du racisme systémique, les individus sont souvent victimes de discriminations fondées sur plus d’un motif, tels que le handicap, le statut socio-économique et le genre, ou une combinaison de ces motifs. La commissaire en chef a la conviction que la société doit admettre que ces intersections peuvent aggraver les expériences négatives de manière tangible et intangible.

« Pour les organismes de défense des droits de la personne, il est capital d’évaluer les droits de la personne à travers le prisme de l’intersectionnalité. Notre société doit prendre conscience des liens étroits existants entre statut socio-économique, déterminants de la santé et pauvreté afin de pouvoir apporter une solution. Nous devons travailler pour que chaque stratégie en faveur des droits de la personne tienne compte de cette réalité — que ce soit dans le domaine du logement, dans le système pénal ou dans les services sociaux. »

Le chemin qui reste à accomplir dans les domaines de l’égalité entre les races, de la vérité et de la réconciliation est encore long selon Ena Chadha. « La COVID-19 a véritablement accentué et fait ressortir les liens étroits existant entre ces inégalités, note la commissaire en chef. L’accès aux soins de santé, au logement, à la justice, à l’éducation; tout se télescope, entraînant un chevauchement d’inégalités. Les groupes marginalisés se sont retrouvés accablés par cette situation, et je crains que certaines personnes ne demeurent irrémédiablement fragilisées par les répercussions de la COVID-19. »

Pour illustrer l’intersectionnalité, Ena Chadha évoque les injustices en matière d’accès au traitement du cancer du sein. Ce sujet lui tient particulièrement à cœur, car la commissaire en chef a elle-même survécu à un cancer du sein dit « triple négatif », une maladie virulente touchant principalement les femmes jeunes, les Noires et les Hispaniques.

Pour les femmes racialisées, ces inégalités en matière de santé se creusent lorsqu’elles s’entrecroisent avec le genre et la race. Les inégalités d’accès au traitement contre le cancer du sein offrent un exemple saisissant de la manière dont la discrimination systémique empêche les femmes racialisées de bénéficier des programmes de dépistage, des services de diagnostic et des traitements — et met en péril leur survie. Ena Chadha souligne que les activités de sensibilisation entreprises par le CODP dans le domaine de la collecte de données désagrégées s’appliquent à tous les secteurs. Pour accompagner et soutenir les communautés racialisées, il est d’autant plus important que les gouvernements collectent les données sur la santé et d’autres données relatives aux droits de la personne.

Ainsi, au Canada, le manque de données peut mettre en péril la santé des Canadiennes noires. Dans un article (en anglais) publié dans le Journal of Health Care for the Poor and Underserved, des chercheurs de l’Université de Toronto relèvent que le cancer cervical et le cancer du sein sont davantage sous-dépistés chez les Noires, alors que les données montrent que ces femmes sont probablement plus susceptibles de développer une forme grave de ces cancers. Dans une étude (en anglais) publiée en 2014, le Wellesley Institute a déterminé qu’en Ontario, les inégalités raciales dans la continuité des soins de patientes atteintes d’un cancer du sein ont gravement compromis l’accès des femmes aux programmes de dépistage, aux services de diagnostic et au traitement.

Ena Chadha, qui a exercé pendant plus de 25 ans comme avocate spécialisée dans les droits de la personne, éducatrice et médiatrice, s’est depuis longtemps engagée à faire progresser les droits de la personne. « Je me suis retrouvée témoin du joug des préjugés dans ma vie personnelle et professionnelle », explique la commissaire en chef, qui est elle-même une femme racialisée, est née à New Delhi et a grandi à Brampton, en Ontario.

Originaire d’une ancienne colonie britannique, sa famille était sensible aux problèmes affectant les peuples autochtones du Canada. En tant qu’immigrée dans ce pays, elle avait pleinement conscience de fouler une terre appartenant à d’autres peuples. « Ma famille a pleinement mesuré la discrimination systémique subie par les peuples autochtones et c’est un sujet que nous évoquions ensemble autour des repas. »

« J’ai toujours ardemment défendu les droits de la personne, poursuit-elle. Cela fait et a toujours fait partie intégrante de mon identité. » Traverser l’adolescence au moment où le paysage mondial était façonné par des événements marquants en matière de droits de la personne, à l’image du mouvement antiapartheid, de la crise du SIDA et du massacre antiféministe de Montréal, a fortement influencé sa perception du droit à l’égalité.

Au cours de ses études de journalisme, Ena Chadha a occupé un emploi d’été en tant qu’agente de réception des demandes à la CODP. Ce travail de première ligne, à répondre aux appels et à écouter les personnes confier leur histoire et leurs inquiétudes, a pesé dans sa décision de devenir avocate et de se spécialiser dans les droits de la personne.

Avant sa nomination au poste de commissaire en chef, Ena Chadha était directrice des services du contentieux à la clinique ARCH Disability Law Centre et travaillait étroitement avec les personnes handicapées. Elle met également au service de la CODP les vastes connaissances et la solide expérience acquises dans le cadre de son travail au sein des trois piliers du système des droits de la personne de l’Ontario : en tant qu’avocate stagiaire et conseillère juridique auprès de la CODP, en tant que vice-présidente du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario et en tant que présidente du Centre ontarien d’assistance juridique en matière de droits de la personne.

En ces temps particulièrement difficiles, où puise-t-elle la force nécessaire pour retrouver de l’allant et poursuivre son action en faveur des droits de la personne? Dans « Les vers de Maya Angelou, notamment le poème When Great Trees Fall. Sa poésie convoque des thèmes qui résonnent en la femme racialisée que je suis. »

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